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Théâtre

BRITANNICUS

BRITANNICUS
Par Jacqueline ChevallierLe 13/04/2014Dans Théâtre

 

Trois classes de seconde et première du lycée Saint-Vincent de Senlis se sont déplacées vendredi 11 avril 2014, et le lendemain en soirée c'étaient les adultes, pour venir voir une représentation de Britannicus au centre culturel de Coye-la-Forêt, donnée par la compagnie Grappa, jeune compagnie parisienne, sous la direction de Nicolas Grosrichard.
 
La pièce de Racine exacerbe les relations d'amour, de haine, de rivalité, de cruauté perverse, et de violence qui existent entre trois grands personnages :
- Agrippine, mère de Néron, comme une louve, possessive, assoiffée de pouvoir,
- Britannicus, concurrent de Néron en politique et rival en amour (le sexe et le pouvoir sont les deux façons dont s'exprime la soif de dominer, le volet ultime étant toujours la mort)
- Néron, enfin, qui pour l'Histoire symbolise la figure même du tyran autocratique et sanguinaire ; en fait il est présenté ici comme un être immature, incertain, ballotté entre sa mère et ses conseillers, se rangeant à l'avis du dernier qui a parlé, mais surtout complètement dominé par sa passion amoureuse...
La mise en scène souligne ce contraste entre un personnage de haute stature physique, puissant, imposant, animé d'une force animale et un être faible en réalité, influençable, bestialement esclave de sa passion. Le théâtre est ici une arène où vont s'affronter des fauves.
 
 
La scène d'exposition, déjà assez ardue chez Racine du fait des nombreuses références historiques, est rendue encore plus difficile ici par le fait qu'elle se joue devant le rideau dans une quasi-obscurité. Elle se déroule en effet avant le lever du jour, Agrippine est dans un état de confusion totale, les cheveux défaits, se tordant sur elle-même de douleur et d'angoisse. Ainsi perçoit-on d'emblée de façon physique les enjeux de la situation. Puis le rideau s'ouvre à l'acte II, mais la scène reste de la même façon faiblement éclairée : les complots se trament dans l'ombre, les pulsions sauvages sont inavouables et fuient le grand jour.
 
Nous avons assisté à une grande pièce classique revisitée dans une mise en scène moderne, audacieuse et pleine de vigueur. Les partis pris peuvent être contestés (on peut se sentir frustré de ne jamais voir les yeux des comédiens qui n'apparaissent en pleine lumière qu'au moment du salut, on peut regretter de ne pas entendre suffisamment "le vers racinien") : mais il est indéniable que cette jeune troupe n'a pas choisi le plus facile et on ne peut qu'admirer la façon dont les comédiens, par leur engagement et leur énergie, relèvent le défi.
 

Avec

Paul Besson, Nicolas Blandin, Claire Bluteau, Kevin Duforest
Nicolas Grosrichard, Laura Lascourrèges, Coraline Mages

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3 commentaires

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Commentaire de David-OFF

Une mise en scène captivante servie par des comédiens excellents, dynamiques et convaincants ! Merci aux organisateurs pour cette belle soirée.

Je dois dire que j’ai particulièrement aimé l’utilisation du rideau dans le premier acte.

Oui, d’habitude, au théâtre, le spectacle ne peut commencer que lorsque le rideau se lève et que la lumière des projecteurs éclaire la scène, le rideau n’étant là que pour dévoiler un décor et disparaître. Or, dans cette mise en scène de Britannicus, lumière a été faite sur le rideau ! Le metteur en scène a su faire de lui un élément essentiel du décor et un quasi-personnage. Sa fonction est multiple : il cache, obscurcit, interdit, et en même temps, révèle ce qu’il dissimule, met tout sens dessus dessous. Avec lui, le dedans devient le dehors, l’envers, l’endroit ; l’amour, la haine ; la raison, la folie, etc.

L’avant-scène devant le rideau fermé où se déroule le drame laisse ainsi deviner La scène, celle où se joue la grande Histoire (histoire politique ou histoire d’amour), mais dont les personnages seront, tour à tour, les spectateurs exclus (comme Agrippine attendant devant la chambre de Néron et espérant revenir au cœur du pouvoir). Nous demeurons finalement dans les coulisses, les histoires d’antichambres, histoires où règnent les désirs, les froids calculs de l’intérêt et les caprices de la fortune mais qui, tout compte fait, sont aussi des histoires qui nous passionnent.

15.04.14 Répondre à ce commentaire

Commentaire depierre_eugene

Je suis enthousiasmé par cet article, vraiment : la célébration de l’art d’utiliser le rideau - en ne s’en servant pas - fut pour moi une révélation. Avouerai-je que je n’avais rien compris, singulièrement parce que je n’entendais rien, et que le fait de ne rien voir ne heurtait que mes a priori culturaux, rasséréné que j’étais de savoir que l’empreinte carbone du spectacle était ainsi infime. Tempérons d’ailleurs notre remarque : on ne voyait pas les yeux, certes, mais on voyait assez pour apprécier la minimalité des défroques de clients de Pôle-Emploi ou de boudin. Ces quelques mots de David (visiteur) m’ont beaucoup aidé : le personnage essentiel était le rideau et je comprends maintenant qu’il m’avait tout caché, obscurci, et en même temps, dissimulé ce qu’il révèle ; les autres personnages sont « les spectateurs exclus ». « Nous demeurons finalement dans les coulisses ! » Ah ! la belle chose que la revisitation de nos chers classiques.

18.04.14 Répondre à ce commentaire

Commentaire depierre_eugene

Quelques mots sur les évaluations:

En rédigeant le commentaire ci-dessus, je réagissais au commentaire de David-OFF[visiteur]et j’avais sur mon formulaire une ligne “Votre vote: cet article vous a intéressé ?” Embarrassant! Est-ce l’article de David-OFF que je note ou l’article accompagnant la présentation du spectacle, donc le spectacle lui-même ? Pour que tout soit bien clair, mon vote est 1 étoile(= mauvais) puisqu’il n’existe rien d’inférieur, pour le spectacle, et 5 étoiles pour David-OFF parce qu’il m’a poussé à m’exprimer et que l’histoire du rideau, “il faut le faire !”

18.04.14 Répondre à ce commentaire

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