Accueil Coye29BlogAlbumsPhotos du FestivalContactS'inscrireSe connecter
  • Accueil Coye29
  • Blog
  • Albums
  • Photos du Festival
  • Contact

  • S'inscrire
Le Blog Coye29
Festival théâtral

LES PORTEURS D'ESPOIR

LES PORTEURS D'ESPOIR
Par Jacqueline ChevallierLe 25/05/2015Dans Festival théâtral

d'Alexis Michalik.
Par la Cie ACME
Mise en scène : Alexis Michalik

 

Placée dans le sillage d'Alexandre Dumas, grand maître du feuilleton romanesque, la pièce rappelle que la devise de Monte-Cristo est "Attendre et espérer".

Que dire ? cette fois, selon toute apparence, il y a unanimité sur ce spectacle : le plaisir pur, l'enchantement, les gens debout pour applaudir et les bravos qui fusent.
Si la perfection existe au théâtre, avec "Le porteur d'Histoire" d'Alexis Michalik, on s'en approche sérieusement. Efficacité du récit, économie des moyens, intelligence du discours, inventivité de la mise en scène, sens du rythme, prouesse des comédiens incarnant tous les personnages, jeunes et vieux, épousant tous les registres... on ne sait que dire... à part merci ! merci ! magnifique ! bravo et encore bravo !


Juste un tout petit exemple : a-t-on jamais vu plus efficace, dans l'écriture et dans le jeu, a-t-on jamais vu plus émouvant, plus incarné, que cette histoire d'amour et cette rupture, en trois coups de téléphone (même pas besoin de faire semblant d'avoir un combiné dans la main, la scène est plongée dans le noir, les deux comédiens sont chacun sous une douche de lumière, enfermés dans leur désarroi et leur solitude), ça se termine par une dernière réplique qui provoque le rire, pour casser l'émotion qui s'était installée, hop ! quelques secondes d'humour (pas gratuit, l'humour, participant complètement de l'histoire), hop ! passage au noir, hop ! on est déjà parti sur autre chose. Tous les personnages, même ceux que l'on dit "secondaires", tous ont de l'épaisseur, existent vraiment, sont des individualités attachantes. En quelques minutes que durent les trois coups de téléphone, la compagne de Martin, que l'on ne verra plus de toute la pièce, ce personnage plus que secondaire, est pathétique.


LES PORTEURS D'ESPOIRVoilà une pièce qui tourne depuis 2011, il a fallu démultiplier la troupe, ils sont une vingtaine de comédiens désormais à se partager les rôles pour pouvoir jouer simultanément sur différentes scènes de France, de Navarre et d'Outre-mer. Et toujours à guichets fermés. Et toujours avec les ovations du public. Totale réussite, immense succès, et tout ça sans aucune démagogie. Ça tient du prodige.
Hier soir, à Coye, c'étaient donc, par ordre alphabétique, Patrick Blandin, Mounya Boudiaf, Vanessa Cailhol, Charles Lelaure et Régis Vallée qui, disaient-ils après le spectacle, jouaient pour la première fois ensemble dans cette formation. Et il y avait une telle fluidité dans le jeu, une telle entente entre eux, un tel plaisir visible à jouer, qu'on les aurait crus ensemble depuis toujours.
S'il faut emmener les collégiens et les lycéens au théâtre, c'est pour voir ça, car les plus réticents, les moins habitués se laisseront embarquer... tout le monde, petits et grands, tous, on aime qu'on nous raconte des histoires. Et à la fin, on en redemande, encore ! encore !

LES PORTEURS D'ESPOIRCe qui est remarquable dans ce spectacle, c'est qu'il ne fait aucune concession à la facilité, aux blagues vaseuses, à l'humour de bas étage. Et même, en passant, sans en avoir l'air, il glisse quelques petites réflexions sérieuses... sur la religion, les guerres, la colonisation... et quelques vérités historiques, mais sans appuyer jamais. C'est pris dans le flot du récit qui nous emporte, des histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres et qui nous emmènent à travers les siècles et les continents.
Il ne faut pas oublier cependant que la pièce commence par une interrogation sur l'Histoire avec un grand H et sur son rapport au récit, sur les relations qui la rattachent aux histoires, à celles que l'on raconte, et à la fiction. Au fond de la scène, le metteur en scène a choisi d'installer un grand tableau noir sur lequel on écrit à la craie : symbole de l'école républicaine. Ce n'est pas qu'il veuille nous faire la leçon (encore que ça commence comme ça, comme une leçon de philosophie : l'Histoire, c'est notre mémoire commune, c'est notre identité, et l'Histoire, toujours écrite par les vainqueurs, n'est jamais constituée que de récits écrits par des hommes ; il est difficile de définir où se situe la frontière entre récit historique et fiction, etc. – mais, magie de la mise en scène, rien d'ennuyeux dans ces propos théoriques). Si donc nous sommes en face d'un tableau noir, c'est sans doute que nous aurons des choses à apprendre, et qu'en passant quelques vérités seront dites.

Par exemple et pour commencer : que la Bible est un immense réservoir d'histoires et que pour ces histoires les hommes, depuis des siècles, n'ont cessé de s'entretuer.

On nous montre aussi très concrètement que "raconter des histoires", c'est faire preuve de roublardise, voire de malhonnêteté. Le personnage de Martin (délinquant récidiviste) est l'incarnation de cette vérité. Oh ! combien il est habile et comme il est sympathique !

LES PORTEURS D'ESPOIRMais aussi, et toute la pièce le prouve, "s'en laisser conter", c'est ne demander qu'à croire ; ici, l'enquête qui permet de remonter du personnage d'Alia jusqu'aux origines d'une secte disparue, issue des Amazones et des Lysistrates, toute cette histoire à multiples tiroirs, n'est que le fruit de l'imagination de l'auteur. Le récit est mené avec une telle conviction que nous nous serions tout prêts de croire à l'existence de cette société secrète dont l'emblème était "l'arbre au calice", symbole de la féminité, synonyme de paix et de vie. Mais nous sommes dans la fiction et nous le savons.
Cependant la façon dont l'enquête est conduite, la recherche de symboles probants, les déductions découlant de prétendus indices, la reconstruction a posteriori de toute une histoire à partir de signes que l'on fait parler, toute cette fantasmagorie fait penser à la façon dont sont élaborées les théories du complot.
"Le porteur d'histoire" nous montre en quelque sorte comment se construisent ce que l'on appelle aujourd'hui les "légendes urbaines". Cette belle histoire que la pièce nous raconte et dont nous savons parfaitement qu'elle est une fiction, cette belle histoire est en quelque sorte l'image inversée de certaines légendes qui voudraient se faire passer pour la réalité, elle est l'envers de ces thèses fumeuses colportées par les naïfs et les manipulateurs, comme celles relatives aux Illuminati et autres Sages de Sion.
Car "s'en laisser conter", c'est aussi avaler des couleuvres, croire n'importe quoi et perdre son sens critique, ne plus faire le partage entre le réel et l'imaginaire. L'auteur, quoi qu'il en dise, ne confond pas fiction et récit historique.

Ce spectacle est avant tout un immense hommage aux livres et à la lecture ; maisons, voiture, cercueil pleins de livres... Les livres sont pleins d'histoires dont nous nous délectons, car tout y est possible, il n'y a pas de limite à notre imagination. Mais les livres sont aussi la source du savoir. L'auteur est à la fois dans la jubilation de l'imaginaire, et dans l'éloge du savoir.
"Le savoir est la source de la vie" : c'est, pour finir, ce que proclament en chœur les cinq comédiens.



note pour ceux qui connaissent Wajdi Mouawad : Les références à Dumas sont explicites. Mais "Le porteur d'Histoire" fait inévitablement penser à Mouawad. À "Incendies" : la mort du père, l'héritage embarrassant, l'enquête sur les origines... et cette façon de mêler le drôle au pathétique... Est-ce un hasard si la fille d'Alia s'appelle Jeanne et si le frère de Martin habite au Canada ? À "Forêts" : le foisonnement des histoires et leur imbrication inextricable, les allers-retours à travers les époques et d'un continent à l'autre... Est-ce un hasard si tout commence dans les Ardennes ?

 

 

Galerie PHOTOS : LE PORTEUR D’HISTOIRE D’Alexis Michalik

 

Sur le même sujet

  • LE PORTEUR D’HISTOIRE (2)
  • Trois ruptures et un rapprochement
Partager X WhatsApp Courriel

1 commentaire

Commentaire de Sylvie

Un très grand moment de théâtre !

Pièce vivement recommandée !

28.05.15 Répondre à ce commentaire

Laisser un commentaire


Cliquez ici pour vous connecter si vous avez déjà un compte sur ce site.
Votre adresse email ne sera pas révélée sur ce site.
(Placer des cookies pour que je n'aie pas à saisir mes infos la prochaine fois)
(Autoriser les utilisateurs à me contacter par un formulaire de message -- Votre adresse email ne sera pas révélée.)
Pomme, ananas, poisson, citron… quel est l’intrus ?

Répondez à la question ci-dessus.
Cette question permet de limiter les spammeurs.
Désolé pour ce désagrément.
Connectez-vous pour éviter cette vérification antispam.
Article précédent
Tous les articles
Article suivant
Tribunes Libres

Urgences

28/07/2026
Notre association

C'est quoi Coye29 ?

27/07/2026
Tribunes Libres

Utopies = 3,1416 ?

25/07/2026
Tribunes Libres

Première semaine pour l’habitat inclusif de l’Oise : Théâtre à Coye-la-Forêt

25/07/2026
Tribunes Libres

A-t-on le droit ?

24/07/2026
Conseils municipaux

Conseil Municipal du 27 avril 2026

24/07/2026
Tribunes Libres

Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?

23/06/2026
Tribunes Libres

Canicules et cacahuètes.

20/06/2026
Tribunes Libres

Les leçons du fumier

12/06/2026
Tribunes Libres

HEPATIK GIRL à Coye-la-Forêt : humour et habitat inclusif avec l’APAJH Oise

02/06/2026
Festival théâtral

Corpus Machin

30/05/2026
initiative citoyenne

Un arrêté pour faire semblant

30/05/2026
Tribunes Libres

Du pain et des roses !

30/05/2026
initiative citoyenne

Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence

15/05/2026
Festival théâtral

Toutes les choses géniales

15/05/2026
Festival théâtral

Il n’y a pas de Ajar

15/05/2026
Vie municipale

La lettre de Coye de ce mois

06/05/2026
initiative citoyenne

Pour faire cesser le dépôt de fumier route de Lamorlaye : lettre ouverte au maire

23/04/2026
Tribunes Libres

Le muguet

23/04/2026
Tribunes Libres

Les associations, c’est politique

21/04/2026

Commentaires récents

  • pipo sur Urgences
  • Françoise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Jacqueline Chevallier sur Urgences
  • Marie-Louise sur A-t-on le droit ?
  • Marie-Louise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Françoise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Françoise sur A-t-on le droit ?
  • Jacqueline Chevallier sur Le muguet
  • Jacqueline Chevallier sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Françoise sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Céline sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Françoise sur Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence

Coye29 en chiffres

Depuis 2008

953 Billets
1 146 Commentaires
104 Auteurs

18 ans de vie locale

Rechercher

Archives

  • Juillet 2026 (6)
  • Juin 2026 (4)
  • Mai 2026 (7)
  • Avril 2026 (6)
  • Mars 2026 (13)
  • Février 2026 (25)
  • Janvier 2026 (2)
  • Décembre 2025 (4)
  • Novembre 2025 (1)
  • Octobre 2025 (1)
  • Septembre 2025 (1)
  • Août 2025 (1)
  • Plus...

©2026 by La Rédaction • Contact • Aide Charte d'utilisation

b2evo
Les cookies sont nécessaires pour activer les fonctionnalités principales du blog coye29.

Vos choix sur Coye29

Gestion des cookies

Nécessaires Connexion, sécurité et mémorisation de votre choix. Toujours actifs.
Toujours