Accueil Coye29BlogAlbumsPhotos du FestivalContactS'inscrireSe connecter
  • Accueil Coye29
  • Blog
  • Albums
  • Photos du Festival
  • Contact

  • S'inscrire
Le Blog Coye29
Festival théâtral

Monsieur Kaïros

Monsieur Kaïros
Par Jacques BonaLe 17/05/2017Dans Festival théâtral

de Fabio Alessandrini
Compagnie Teatro Di Fabio
Mise en scène de Fabio Alessandrini

 

Est-il possible de représenter au théâtre le fonctionnement de l’inspiration d’un écrivain ? Par quelles sortes de pensées, de mouvements, d’états, voire de tourments, passe-t-il pour construire et écrire un roman ?

Pour notre plaisir et pour nourrir notre questionnement, Fabio Alessandri s’est attelé à cette tâche a priori difficile à mettre en spectacle : il y a visiblement pris lui-même beaucoup de joie intellectuelle et, au fur et à mesure de son élaboration, y a probablement découvert des aspects qu’il ne s’attendait pas à y trouver.

Que nous montre-t-il ? D’abord, du son et des images. Une scénographie magnifique dans sa sobriété blanche et noire. Un tapis blanc brillant qui traverse la scène en oblique pour se relever côté jardin en écran de lames verticales. Au fond, le noir des rideaux. Le visuel de l’écran est fondé sur la projection vidéo de graphismes ondulés vibrant dans un environnement sonore tantôt énigmatique et sourd, tantôt tempétueux et éclatant.



Côté cour, la table sacrificielle - là où on attendrait un bureau - derrière laquelle est assis Monsieur l’Ecrivain. Il tape sur le clavier d’un ordinateur en articulant des phrases : celles qui viennent dans la mise en route de son travail d’écriture, à peine dites, tout de suite effacées. Il fait nuit.

A ce point de départ, quelques paroles échappées nous font comprendre le thème du roman en cours. Un parcours dans l’action humanitaire lointaine au service des victimes des guerres ou du terrorisme, fléaux devenus endémiques dans certains pays.

Monsieur KaïrosTraversant l’écran, métaphore de la pensée de l’écrivain, le personnage central de son ouvrage se matérialise alors, comme par magie. Le nouveau venu est son semblable, à tel point qu’il s’intéresse à une antiquité aztèque qui lui est précieuse. S’ensuit entre l’écrivain et sa créature une discussion d’experts pleine d’humour ou l’on se rend compte que cette dernière est capable de prendre ses aises et de contredire son pygmalion.

La pièce nous conduit ensuite dans les ruelles tortueuses de l’imagination au travail. Le personnage se présente comme médecin en Afghanistan. Il est témoin des drames subis par les habitants en particulier par les enfants. Ces blessures vécues, ces bombes éclatées, ces morts d’innocents lui confèrent une existence profondément culpabilisante pour l’auteur qui, lui, n’a pas fait le voyage. L’écrivain démiurge aurait-il créé les malheurs relatés par son personnage ?
Monsieur KaïrosDe fil en aiguille, nous assistons entre l’écrivain et son double à une sorte de lutte d’influence au cours de laquelle l’écrivain tente de s’assurer de sa propre réalité pour tenter d’effacer de sa pensée l’intrus qui la tourmente. Mais le doute reste entier : qui invente qui ? ou quoi ?

Revenons cependant au théâtre et à son jeu de miroirs. Nous, public, assistons à une représentation de Monsieur Kaïros (dieu présumé des opportunités passagères) : un auteur, Fabio Alessandrini, en a écrit le texte. Ce texte est interprété sur scène par… Fabio Alessandrini qui joue par conséquent le personnage fictif d’un auteur en train d’écrire un roman, Monsieur Kaïros ; ce personnage fictif crée un autre personnage fictif qui lui ressemble et entre en conflit à propos de sa propre existence. Devinons qui met en scène les deux comédiens : Fabio Alessandrini, encore lui !...

Cette histoire est vertigineuse. Elle interroge avec grand talent le spectateur sur sa capacité à s’identifier lui-même : qui assiste à quoi, et, au bout du compte dans cet espace, qui peut dire « Je » avec certitude ?

Si le « Je » de l’un ou de l’autre n’est jamais certain dans sa continuité, en revanche la belle interprétation nuancée de Fabio Alessandrini (l’écrivain) et de Yann Collette (son personnage) est, elle, manifeste. Les deux comédiens par leur dialogue intime quasi chuchoté, proposent une dramaturgie très précise de l’inspiration. Ils savent transmettre tour à tour hésitation, inquiétude, fragilité, doute, culpabilité, agressivité, délivrance etc. tant de mouvements contradictoires de la sensibilité qui assaillent l’artiste créateur immergé dans le silence agité de son isolement.

Ce spectacle est aussi une représentation audacieuse de la versatilité du sujet. Pensons-nous vraiment ce que nous croyons penser ? Et d’abord, qui pense ? Allo ! Descartes… ? Qu’en penses-tu ? Où suis-je ?

 

MONSIEUR KAIROS De Fabio Alessandrini

 

 

 

Sur le même sujet

  • Adieu Monsieur Haffmann
  • Dans la peau de Cyrano et dans celle de tous les autres !
Partager X WhatsApp Courriel

1 commentaire

Commentaire de Jacqueline Chevallier

L’article de Jacques Bona est très éclairant.

La façon dont le texte fait boucle, le renversement de situation quand à la fin le personnage vivant prononce les mots imaginés par l’écrivain tapant au début sur son ordinateur, la construction savante et les allers-retours entre le fictif et le réel, tout cela m’a fait penser aux constructions et aux paradoxes de Borges dans « Fictions ». Et bien sûr, c’est stimulant pour l’esprit.

On peut regretter cependant que cette rencontre subtile entre l’écrivain et son personnage se soit déroulée quasiment sur le mode de la confidence, de sorte qu’au-delà du quatrième rang le spectateur ne pouvait plus en capter grand-chose et qu’au bout du compte… il a fini par s’ennuyer.

20.05.17 Répondre à ce commentaire

Laisser un commentaire


Cliquez ici pour vous connecter si vous avez déjà un compte sur ce site.
Votre adresse email ne sera pas révélée sur ce site.
(Placer des cookies pour que je n'aie pas à saisir mes infos la prochaine fois)
(Autoriser les utilisateurs à me contacter par un formulaire de message -- Votre adresse email ne sera pas révélée.)
Pomme, ananas, poisson, citron… quel est l’intrus ?

Répondez à la question ci-dessus.
Cette question permet de limiter les spammeurs.
Désolé pour ce désagrément.
Connectez-vous pour éviter cette vérification antispam.
Article précédent
Tous les articles
Article suivant
Tribunes Libres

Urgences

28/07/2026
Notre association

C'est quoi Coye29 ?

27/07/2026
Tribunes Libres

Utopies = 3,1416 ?

25/07/2026
Tribunes Libres

Première semaine pour l’habitat inclusif de l’Oise : Théâtre à Coye-la-Forêt

25/07/2026
Tribunes Libres

A-t-on le droit ?

24/07/2026
Conseils municipaux

Conseil Municipal du 27 avril 2026

24/07/2026
Tribunes Libres

Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?

23/06/2026
Tribunes Libres

Canicules et cacahuètes.

20/06/2026
Tribunes Libres

Les leçons du fumier

12/06/2026
Tribunes Libres

HEPATIK GIRL à Coye-la-Forêt : humour et habitat inclusif avec l’APAJH Oise

02/06/2026
Festival théâtral

Corpus Machin

30/05/2026
initiative citoyenne

Un arrêté pour faire semblant

30/05/2026
Tribunes Libres

Du pain et des roses !

30/05/2026
initiative citoyenne

Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence

15/05/2026
Festival théâtral

Toutes les choses géniales

15/05/2026
Festival théâtral

Il n’y a pas de Ajar

15/05/2026
Vie municipale

La lettre de Coye de ce mois

06/05/2026
initiative citoyenne

Pour faire cesser le dépôt de fumier route de Lamorlaye : lettre ouverte au maire

23/04/2026
Tribunes Libres

Le muguet

23/04/2026
Tribunes Libres

Les associations, c’est politique

21/04/2026

Commentaires récents

  • pipo sur Urgences
  • Françoise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Jacqueline Chevallier sur Urgences
  • Marie-Louise sur A-t-on le droit ?
  • Marie-Louise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Françoise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Françoise sur A-t-on le droit ?
  • Jacqueline Chevallier sur Le muguet
  • Jacqueline Chevallier sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Françoise sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Céline sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Françoise sur Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence

Coye29 en chiffres

Depuis 2008

953 Billets
1 146 Commentaires
104 Auteurs

18 ans de vie locale

Rechercher

Archives

  • Juillet 2026 (6)
  • Juin 2026 (4)
  • Mai 2026 (7)
  • Avril 2026 (6)
  • Mars 2026 (13)
  • Février 2026 (25)
  • Janvier 2026 (2)
  • Décembre 2025 (4)
  • Novembre 2025 (1)
  • Octobre 2025 (1)
  • Septembre 2025 (1)
  • Août 2025 (1)
  • Plus...

©2026 by La Rédaction • Contact • Aide Charte d'utilisation

CMS + forums
Les cookies sont nécessaires pour activer les fonctionnalités principales du blog coye29.

Vos choix sur Coye29

Gestion des cookies

Nécessaires Connexion, sécurité et mémorisation de votre choix. Toujours actifs.
Toujours