Accueil Coye29BlogAlbumsPhotos du FestivalContactS'inscrireSe connecter
  • Accueil Coye29
  • Blog
  • Albums
  • Photos du Festival
  • Contact

  • S'inscrire
Le Blog Coye29
Festival théâtral

Le Fils

Le Fils
Par Jacques BonaLe 01/10/2021Dans Festival théâtral

De Jon Fosse
Mise en scène Jean-Paul Dubois


Une passionnante « Première » représentation réalisée en coproduction.

La muse de l’éloquence et de la poésie épique (Calliope) semble avoir exaucé les vœux de Thierry Charpiot et de Jean-Paul Dubois, deux artistes qui se sont fortement investis pour monter « Le Fils », pièce de Jon Fosse dont l’œuvre participe à l’évolution du théâtre contemporain. Le comédien coyen et son compère ont mis toute leur énergie, leur ténacité, leurs compagnies (Calliope et le Fil Rouge) dans le projet du « Fils » et ont convaincu l’équipe du Festival Théâtral de Coye-la-forêt de coproduire, cette remarquable représentation. Ils sont à présent récompensés non seulement par le succès de leur entreprise, mais aussi par la présence fervente du public qui a applaudi leurs qualités respectives d’acteur et de metteur en scène.


Le FilsJon Fosse, auteur norvégien est marqué par l’atmosphère de son pays. Il semble y avoir installé ses personnages mais ne précise pas dans son texte ce lieu. Il laisse le spectateur approcher par l’imagination le cercle arctique où ce n’est pas la fête tous les jours lorsque vient l’hiver. D’ailleurs, peut-on parler de jours quand la lumière devient si rare.

L’action de « Le Fils » se situe dans un village isolé. L’obscurité s’y installe pour durer. La vie y est avare de signes. On apprendra vite que la plupart des habitants ont abandonné leurs demeures, que d’autres sont morts. Il n’y a de lumière que chez le voisin, un homme usé par l’alcool et ses excès.

Le FilsLa représentation se déroule dans un décor unique réduit à quelques meubles, une table, des chaises, un banc et une fenêtre, qui occupent le séjour d’un couple d’âge mur : un mari et sa femme, sûrement ? Ils n’ont que la ressource de se parler afin d’alléger le poids de la solitude qui les environne. Leurs paroles découpent d’une façon curieuse le silence ambiant et intriguent l’auditeur par leur articulation et par leur rythme. Le texte de Jon Fosse sonne comme de la musique : il utilise les répétitions de mots, les ressassements de discours comme autant de percussions sonores. La simplicité des paroles, la modestie du langage et sa curieuse organisation engagent les spectateurs à reconstituer d’eux-mêmes le drame en imaginant ce qui se passe derrière les mots, par exemple que dans la maison règnent l’ennui, l’attente et surtout le manque d’un grand absent : « il » ou « lui » tant de fois répétés, c’est-à-dire « le fils absent ? »

Le FilsAinsi le mari et sa femme présumés sont devenus par le bon sens de l’auditeur le père et la mère d’un fils qui s’en est allé depuis longtemps parce qu’il n’a pas supporté l’ennui de son village ni son peu d’avenir. La mère soupire : « Il ne voulait plus avoir affaire à nous » On apprend aussi qu’à la ville ce fils vivrait de musique, qu’« il » se serait mis à boire, et que le voisin aurait entendu dire qu’ « il » (le fils, encore) avait fait de la prison.

Le drame est noué : le voisin, épié à la fenêtre par le père, est parti à la ville le matin. Il en revient le soir dans l’ombre en compagnie d’une autre ombre : peut-être est-ce celle d’« il » (le fils) ? suggère le père. Peut-être sont-ils tous les deux ivres ?

Le FilsDifficile de résumer tellement nombreuses sont les allusions offertes aux spectateurs par les silences et les économies de langage : presque par surprise, le fils si espéré apparait enfin à ses parents sans avoir prévenu. Après une confiance à peine rétablie, les parents lui rapportent timidement les soupçons de prison pour vol entretenus par le voisin et manifestent de l’inquiétude. Ledit voisin arrive en habitué peu après. Il est à moitié ivre, essoufflé, à la limite d’une crise. Le fils, lui aussi alcoolisé, fait une scène violente et lui reproche d’avoir inventé cette histoire de prison. Le voisin, de plus en plus agité affirme le contraire jusqu’à tomber mort, victime d’un infarctus.

La nuit passe. « Il » (le fils) qui se sent peut-être coupable de la mort du voisin, abandonne de nouveau ses parents après son trop court séjour, emportant avec lui ses secrets et le mystère de ses départs, les laissant à leur navrante solitude.

Le FilsCe résumé ne rend évidemment pas justice à la tragédie qui se joue sous les mots. L’ambiance et la qualité de la représentation, le clair-obscur magique, les bruits procèdent de la rigueur de la mise en scène : les comédiens sont soumis à une précision méthodique. Ils sont quatre à rythmer l’originalité d’un texte poétique inhabituel, à dessiner comme des rochers de solides personnages et à les déplacer malgré cela avec la vivacité ou la langueur qu’il convient. Tout cela exige un grand travail et une concentration dignes des applaudissements nourris qui ont conclu ce spectacle d’exception.

A la sortie des spectacles, le Festival organise dans le hall des réunions qui permettent de rencontrer les acteurs et artisans des compagnies plus détendus après les saluts, de leur poser des questions et d’avoir des entretiens passionnants et instructifs avec eux. Tous ceux du « Fils » se sont prêtés au rendez-vous. Ceux qu’on voit sur la scène : Véronique Boutroux (La Mère), Thierry Charpiot (Le Père), Raphaël Fournier (Le Fils), Michel Gravero, (Le Voisin) et ceux qu’on ne voit pas : Jean-Paul Dubois (Mise en scène), Frank Martin (Lumières), Yaël Haber (Scénographie) et Massimo Trasente (Création sonore) ont été de nouveau chaleureusement écoutés et encore applaudis.

 

Sur le même sujet

  • Des micros au 42e festival théâtral : les voix s'élèvent !
  • LES CAVALIERS
Partager X WhatsApp Courriel

3 commentaires

Evaluations des utilisateurs
5 étoile:
 
(1)
4 étoile:
 
(0)
3 étoile:
 
(0)
2 étoile:
 
(0)
1 étoile:
 
(0)
1 note
Evaluation moyenne des utilisateurs:
(5.0)

Commentaire de Audouin

Il retrace bien l’ambiance du spectacle et quelques secrets de sa belle réussite ! Je souhaite à toute l’équipe qu’elle puisse l’offrir souvent à de nombreux autres spectateurs ! Bon vent et grand merci ! Vincelette

02.10.21 Répondre à ce commentaire

Commentaire de Jacqueline Chevallier

Joffroy (un chanteur belge injustement méconnu, me semble-t-il) disait dans une de ses chansons : « Il faut trois ans à l’homme pour apprendre à parler et toute sa vie pour apprendre à se taire.»
Même chez Jon Fosse – le maître du silence théâtral – on parle encore trop ! Ce sont les propos inconsidérés du voisin sur l’hypothétique peine de prison du fils qui augmentent le tourment des parents et qui conduisent au drame.
J’entends cette question à la sortie de la salle : mais alors finalement, le fils, il a fait de la prison ou pas ? On peut se demander en retour : Qu’est-ce que ça peut nous faire ? En quoi ça nous regarde ? Qu’est-ce que ça change pour nous, spectateurs ? Chacun peut bien se raconter l’histoire qu’il veut.
Le sujet n’est pas là. Le sujet est dans le malheur que creuse une parole inconsidérée, rapportée comme ça, sans réfléchir, une rumeur ; le sujet est dans le doute que cette parole instille, y compris en nous, alors vous imaginez chez les parents ! Le sujet est dans le ravage que cette parole insidieuse provoque chez le fils, certes différemment selon qu’il ait effectivement été incarcéré ou pas, mais quoi qu’il en soit, cette rumeur finit de le détruire. Qu’importe que le fils soit innocent ou coupable (dans tous les cas il a purgé sa peine, donc on n’en parle plus, on ne devrait plus en parler) . Ce dont il est question ici, c’est de silence, de solitude, d’impossibilité de communiquer, de mort lente… et de perfidie, de parole malveillante.
Mais peut-être que le sujet est également là : dans cette interrogation du spectateur, dans cette curiosité qui n’a pas lieu d’être.

03.10.21 Répondre à ce commentaire

Commentaire de Marie-Louise

C’est glacial, c’est sombre. Une famille et trois solitudes. Quatre solitudes si l’on ajoute le voisin, tout aussi seul chez lui sans doute et qui se réchauffe à l’alcool. Les silences s’éternisent car on ne sait pas se parler. Les sentiments, les émotions ne se disent pas. Alors on parle du temps…
Ce fils, on l’a attendu, on a parlé de lui, mais on n’a pas appris à le serrer dans ses bras.
Et lui, pourquoi est-il là? Il a dû croire qu’il se réchaufferait chez ses parents. Il avait sans doute de l’espoir, mais il n’a pas un geste vers eux. Il pose son sac. Ils s’attendent tous les trois mais rien ne vient, si ce n’est une vieille colère refoulée. Alors quel soulagement de le voir repartir! On espère pour lui une vie avec la musique, des amis, une famille à construire autrement. Et la parole. Mais quand on n’a jamais parlé, ce doit être difficile de trouver des mots. Et à quoi pense-t-il dans l’autocar? Qu’éprouve-t-il?
Il n’y a pas beaucoup d’espoir dans cet univers. Pas de lumière. C’est noir comme la terre… Fuyons! Bravo aux comédiens d’avoir affronté cela.

03.10.21 Vous répondez actuellement à ce commentaire

Laisser un commentaire

Vous répondez actuellement à un commentaire précis

Cliquez ici pour vous connecter si vous avez déjà un compte sur ce site.
Votre adresse email ne sera pas révélée sur ce site.
(Placer des cookies pour que je n'aie pas à saisir mes infos la prochaine fois)
(Autoriser les utilisateurs à me contacter par un formulaire de message -- Votre adresse email ne sera pas révélée.)
Pomme, ananas, poisson, citron… quel est l’intrus ?

Répondez à la question ci-dessus.
Cette question permet de limiter les spammeurs.
Désolé pour ce désagrément.
Connectez-vous pour éviter cette vérification antispam.
Article précédent
Tous les articles
Article suivant
Tribunes Libres

Urgences

28/07/2026
Notre association

C'est quoi Coye29 ?

27/07/2026
Tribunes Libres

Utopies = 3,1416 ?

25/07/2026
Tribunes Libres

Première semaine pour l’habitat inclusif de l’Oise : Théâtre à Coye-la-Forêt

25/07/2026
Tribunes Libres

A-t-on le droit ?

24/07/2026
Conseils municipaux

Conseil Municipal du 27 avril 2026

24/07/2026
Tribunes Libres

Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?

23/06/2026
Tribunes Libres

Canicules et cacahuètes.

20/06/2026
Tribunes Libres

Les leçons du fumier

12/06/2026
Tribunes Libres

HEPATIK GIRL à Coye-la-Forêt : humour et habitat inclusif avec l’APAJH Oise

02/06/2026
Festival théâtral

Corpus Machin

30/05/2026
initiative citoyenne

Un arrêté pour faire semblant

30/05/2026
Tribunes Libres

Du pain et des roses !

30/05/2026
initiative citoyenne

Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence

15/05/2026
Festival théâtral

Toutes les choses géniales

15/05/2026
Festival théâtral

Il n’y a pas de Ajar

15/05/2026
Vie municipale

La lettre de Coye de ce mois

06/05/2026
initiative citoyenne

Pour faire cesser le dépôt de fumier route de Lamorlaye : lettre ouverte au maire

23/04/2026
Tribunes Libres

Le muguet

23/04/2026
Tribunes Libres

Les associations, c’est politique

21/04/2026

Commentaires récents

  • pipo sur Urgences
  • Françoise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Jacqueline Chevallier sur Urgences
  • Marie-Louise sur A-t-on le droit ?
  • Marie-Louise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Françoise sur Conseil Municipal du 27 avril 2026
  • Françoise sur A-t-on le droit ?
  • Jacqueline Chevallier sur Le muguet
  • Jacqueline Chevallier sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Françoise sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Céline sur Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
  • Françoise sur Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence

Coye29 en chiffres

Depuis 2008

953 Billets
1 146 Commentaires
104 Auteurs

18 ans de vie locale

Rechercher

Archives

  • Juillet 2026 (6)
  • Juin 2026 (4)
  • Mai 2026 (7)
  • Avril 2026 (6)
  • Mars 2026 (13)
  • Février 2026 (25)
  • Janvier 2026 (2)
  • Décembre 2025 (4)
  • Novembre 2025 (1)
  • Octobre 2025 (1)
  • Septembre 2025 (1)
  • Août 2025 (1)
  • Plus...

©2026 by La Rédaction • Contact • Aide Charte d'utilisation

CMS software
Les cookies sont nécessaires pour activer les fonctionnalités principales du blog coye29.

Vos choix sur Coye29

Gestion des cookies

Nécessaires Connexion, sécurité et mémorisation de votre choix. Toujours actifs.
Toujours